Dans la famille empêcheur de travailler heureux, je demande le vampire psychique. Dernier avatar comportemental qu’on a tous subi dans notre travail ou dans le cercle familial. Cousin pas très éloigné du pervers narcissique, le vampire psychique se débusque à tous les niveaux des organisations. Moins dangereux que ce dernier, il n’en reste pas moins redoutable. Nous allons essayer de mieux comprendre son comportement et ce qui le distingue. Inutile de sortir vos gousses d’ail et vos crucifix, pour ça, nous nous sommes plongés dans le livre de Stéphane Clerget, « Les vampires psychiques, comment les reconnaître, comment leur échapper. »

 

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On a beaucoup parlé du pervers narcissique et sa personnalité est maintenant bien connue, de nombreuses études et témoignages ont mis en lumière ses agissements, on cerne un peu mieux son profil. Personnalité hautement toxique et manipulatrice, il peut être un véritable prédateur pour ses proies, avec une volonté destructrice, un manque d’empathie total, un égocentrisme sans commune mesure, une vraie mécanique au service du mal. Heureusement les pervers narcissiques sont maintenant bien détectés et les vrais, ne sont pas si nombreux que cela. On a parfois abusé de cette appellation pour décrire un manager tyrannique ou un conjoint trop encombrant. Le vampire psychique est plus pernicieux, moins flamboyant. Discret, il agit en toute liberté et depuis fort longtemps, bénéficiant d’une impunité totale, se nourrissant de ses victimes en se cachant lui-même parfois dans un rôle de victime pour mieux endormir la méfiance des autres.

Qui est-il ?

On se méfie tellement des pervers narcissiques qui nous veulent du mal, qu’on ne se rend pas compte que des gens en apparence très gentils nous pompent l’air. Ils semblent innocents et parfois même victimes. Ils ne sont pas méchants mais souvent en demande d’amour et de reconnaissance. Il ne font pas peur donc on ne s’en méfie pas.

Contrairement aux vampires, ces créatures fantastiques que nous connaissons bien à travers la littérature, le vampire psychique ne se nourrit pas de notre sang mais de notre énergie. Nous sommes sa source et c’est en cela qu’il se différencie de son cousin le pervers narcissique, car contrairement à lui, il ne cherche pas à vous détruire. Il n’en demeure pas moins que son appétit et sa soif de notre énergie peut nuire à la longue à notre bon fonctionnement. Cela se traduira par une baisse d’énergie et l’apparition de stress sans que nous en connaissions la cause. On peut apparenter ça à du parasitisme et l’on comprend mieux pourquoi le vampire n’a aucun intérêt à tuer son hôte. Il est dépendant de sa victime.

Il peut-être n’importe qui. Il peut être structurel ou occasionnel. Comme le souligne Stéphane Clerget dans son livre, on peut s’apercevoir rétrospectivement de son influence nocive, comme cette jeune femme qui s’est rendue compte de l’action néfaste de son manager quand celui-ci a été muté. Elle se sentait épuisée par ce qu’elle prenait pour une surcharge de travail mais qui n’était que le résultat des demandes incessantes et impossibles de son supérieur. Le vampire peut être aussi ce collègue qui aspire votre expertise, ce manager qui se nourrit de votre travail sans la moindre reconnaissance.

Méfions-nous des collègues épuisants !

L’action du vampire est si insidieuse que nous ne nous en apercevons pas. Nous reportons la responsabilité de notre fatigue quotidienne sur nos faiblesses, notre émotivité, et cela pourra se traduire y compris physiquement, douleurs articulaires, eczéma et autres troubles.

Les rapports humains sont basés sur l’échange, le partage. Nous donnons et recevons, des idées, des conseils ou tout simplement des informations (pour ne rester que dans le cadre du travail). Le vampire lui n’est jamais rassasié, pour lui, il est plus simple et moins fatigant de s’approvisionner en pompant l’énergie des autres plutôt qu’en générant la sienne. Il prend mais ne donne jamais et le mot partage ne fait pas partie de son vocabulaire.

Le vampire psychique n’est pas un individu sinistre et apeuré rôdant le soir dans les bureaux déserts à l’affût de sa future victime. On le retrouve à tous les niveaux de l’entreprise, beaucoup occupent des postes élevés car ils ont su bénéficier de l’énergie de leur équipe et profiter de leur situation pour prendre l’ascendant sur leurs collègues. Et si on les retrouve au sommet de la hiérarchie, c’est aux dépens d’autrui. Leur carrière est jonchée de cadavres soigneusement cachés dans des placards. La réussite, hélas, appartient souvent à ceux qui ont su profiter du travail et du talent des autres.

Comment savoir si on est sous l’emprise d’un vampire ?

C’est pas si simple, mais il y a des signes qui ne trompent pas. Face à lui on ressent une certaine nervosité et ce, systématiquement. On est fatigué, déprimé, tendu, en un mot, totalement vidé. Vous arrivez enthousiaste et plein d’énergie devant lui, et très vite il reportera l’attention sur lui, cherchera votre écoute, votre approbation sans se soucier à aucun moment de vos propres réflexions. Cette attitude est assez commune et ne signifie pas forcément qu’on est face à un vampire, la différence résidera dans sa récurrence systématique.

Comment s’extraire de son influence ?

Comme le souligne Stéphane Clerget, « en prendre conscience, c’est déjà la première étape. On peut continuer à donner, mais pas autant. Mieux vaut « doser » ce que l’on transmet et ce que l’on garde pour soi. Le principal me semble être de mettre les choses en lumière, de parler à son entourage pour rendre le pouvoir du vampire psychique inopérant.   On peut lui exprimer son ressenti, expliquer les effets que produisent son comportement en ayant à l’esprit qu’il va probablement continuer à s’accrocher, en appuyant là où ça fait mal: qu’il s’agisse de notre tendance à la culpabilité, au besoin d’être aimé, à la dette que l’on a l’impression d’avoir envers lui, etc. »

Pas facile donc de s’extraire de son influence néfaste. Le vampire psychique est malin et son instinct de survie dans l’entreprise en fait un redoutable individu toxique. Il reste néanmoins un personnage en apparence sympathique qui saura jouer de nos doutes et de notre culpabilités. Ne soyons pas dupes et préservons nous de lui afin de garder notre bonne humeur au travail.

Stephane Clerget Les vampires psychiques Comment les reconnaître, comment leur échapper Editions Fayard

Stéphane Clerget est psychiatre et praticien dans le service de psychiatrie enfantine à l’hôpital de Cergy-Pontoise. Spécialiste de l’adolescence, il est auteur de plusieurs ouvrages

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