Alcool

 

Les salariés consomment de plus en plus de stimulants sous des formes diverses et variées, à plus ou moins forte dose, dans le cadre de leur travail.  C’est ce qui ressort de plusieurs études. D’après le Baromètre santé de l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé), 16,4 % des actifs occupés déclarent consommer de l’alcool sur le lieu de travail en dehors des repas et des pots. Les médicaments psychotropes et le cannabis sont les autres substances psychoactives les plus consommées en milieu de travail.

Selon une enquête menée il y a quelques années par l’INPES, l’INRS et la SMTOIF (Société de Médecine du Travail de l’Ouest de l’Île de France) auprès de 750 médecins du travail rapporte que, sur les 12 mois précédant cette étude, 92 % des médecins du travail ont été sollicités par des DRH pour un problème d’alcool chez un salarié, 29 % pour un problème de cannabis.

 Le phénomène est suffisamment préoccupant pour que la prévention des conduites addictives ait été introduite dans le 3ème plan santé au travail 2016-2020. Nous avons donc voulu, à notre tour, voir ce qu’il en était de ce sujet parfois tabou dans les entreprises.

Nous nous sommes penchés en premier sur la consommation d’alcool en milieu professionnel, parce qu’elle touche toutes les catégories socioprofessionnelles. Tous les secteurs d’activités sont concernés, les femmes comme les hommes, employés de bureau, cadres, ouvriers, artisans, toutes ces catégories présentent des taux élevés de consommation à risque d’alcool, des risques pour leur santé physique ou psychique avec un impact sur leur vie personnelle. Près de 23% des hommes travaillant dans des professions intermédiaires (enseignants, infirmiers, techniciens…), et 8,6% des femmes sont par exemple concernés.
(Selon les chiffres de la «Cohorte Constances», une enquête lancée en 2013 sur 200.000 volontaires qui ont répondu à cette étude – http://www.constances.fr)

Au-delà de l’enjeu de santé, relayé régulièrement par des campagnes de sensibilisation du Ministère de la Santé, l’addiction à l’alcool dans le cadre de l’entreprise devient également un véritable enjeu de sécurité. Selon une expertise de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) de 10 à 20 % des accidents du travail sont liés à sa consommation.

Boire un verre pour se faire accepter des collègues, prendre un calmant avant une présentation stressante, fumer après la réunion tendue… Qui n’y a jamais songé ?

Ne nous voilons pas la face, la consommation d’alcool est à la fois une cause et un symptôme de difficultés dans le travail.

Et des causes, il y en a plusieurs, liées d’abord à l’organisation et aux conditions de travail, mais aussi au type de management qui peut contribuer aux risques d’alcoolisation : on retrouve, les désaccords avec le supérieur hiérarchique, le manque de reconnaissance, les conflits entre collègues, l’ennui occasionné par des tâches répétitives, les rapports avec une clientèle exigeante ou un public difficile.

Toutes ces causes sont facteurs de stress et favorisent la consommation d’alcool en entreprise. Une surcharge de travail, trop de responsabilités sans les moyens d’agir, des délais et objectifs irréalistes, le travail isolé ou de nuit sont aussi parmi les facteurs importants favorisant la consommation d’alcool. On ne le répétera jamais assez, l’absence de qualité de vie et bien-être au travail font donc partis des causes de cette alcoolisation de certains salariés. Nous aurions pu parler aussi des substances psychoactives (drogues diverses et, notamment, le cannabis et certains médicaments…). Nous avons préféré faire un focus sur l’alcool, non pas dans un souci de diabolisation d’une substance plutôt qu’une autre, mais c’est surtout parce que la consommation d’alcool reste la plus accessible.

Les drogues deviennent des béquilles indispensables pour finir à temps, travailler de nuit ou tromper l’ennui quel que soit le métier.

Au-delà de la consommation de ces substances, il y a le profil psychologique de chacun. Ce besoin de se « doper » est similaire à ce qu’on le retrouve dans le monde du sport amateur mais aussi professionnel. A la recherche de la performance, du « toujours plus vite », s’ajoute le culte de l’excellence.

L’alcool, le tabac et les tranquillisants sont monnaie courante dans la plupart des secteurs professionnels. La cocaïne se voit beaucoup dans le milieu de la nuit, la restauration et chez les cadres supérieurs. Loin du cliché people, cette drogue est présente dans toutes les couches sociales. Dans le BTP, l’alcool et plus récemment la consommation de cannabis, sont de plus en plus répandus. Les drogues deviennent des béquilles indispensables pour faire face aux difficultés ou aux objectifs de plus en plus ambitieux fixés par l’entreprise.

Les transformations du travail ont eu un rôle sur la consommation de psychotropes. A commencer par l’individualisation du travail, les gens consomment souvent seuls et en cachette, souligne Renaud Crespin chargé de recherche au CNRS (http://www.cso.edu/cv_equipe.asp?per_id=224), « ils ne savent plus ce qui est collectivement acceptable». Le « faire plus avec moins » une autre transformation du travail a elle aussi des conséquences, la course à la performance pousse certains à trouver une aide grâce à la consommation de comprimés. « L’intensification, le système d’évaluation individuelle, la pression par les objectifs, énumère Renaud Crespin dans les causes de ces nouvelles addictions. La réussite est un puissant anxiolytique. La peur de perdre son emploi pousse aussi à en rajouter. Aujourd’hui, les injonctions contradictoires s’accentuent. » (https://www.20minutes.fr/sante/2137179-20170927-alcool-cocaine-tranquillisants-quand-travail-mene-drogue)

Le workaholisme, que ce cache-t-il derrière ce mot étrange ?

Au-delà des addictions à l’alcool, au tabac ou aux substances psychotropes que nous venons d’évoquer, on distingue une autre forme d’addiction particulière, le « workaholisme » (néologisme créé en 1968, qui vient de la contraction travail/work et alcoholism/alcoolisme). le workaholisme se définit comme « un investissement excessif d’un sujet dans son travail et à une négligence de sa vie extraprofessionnelle ». Il est à distinguer d’une approche «  passionnée »  du travail, car le sujet workaholic a tendance à ne pas déléguer son travail, à mal s’intégrer dans une équipe (ce qui provoque de fréquents conflits avec ses collègues) et à être moins satisfait.

Selon une étude (de l’université de Bergen, des chercheurs de Yale et de la Nottingham Trent University) menée en Norvège sur 16 000 actifs les drogués du travail sont nettement plus sujets à certains maux psychologiques. Ils souffrent de troubles tels que l’hyperactivité, l’anxiété, la dépression, ou de trouble obsessionnel-compulsif (TOC). La difficulté (que reconnaissent les auteurs de cette étude) est de déterminer si ces troubles sont causés par le workaholisme ou s’ils en découlent. Dans le cas de l’hyperactivité, par exemple, c’est elle qui favoriserait le développement d’un comportement de dépendance au travail. En effet, les hyperactifs souffrent d’un déficit de l’attention, ce qui peut les contraindre à passer plus de temps au travail et à s’investir de manière plus frénétique afin de pallier ce trouble.

Dans le cas de TOC, les chercheurs émettent l’hypothèse que le workaholisme pourrait prendre la forme d’une compulsion. Pour les salariés atteints de symptômes de dépression et d’anxiété, le lien avec le workaholisme pourrait résider dans le fait de s’abstraire dans son travail serait justement un moyen d’éviter la dépression et l’anxiété. (https://www.lesechos.fr/04/06/2016/lesechos.fr/021990291737_le-workaholisme-est-lie-a-une-multitude-de-troubles-psychiatriques.htm)

On le voit, le travail peut donc devenir une drogue tout aussi nocive que celles évoquées plus haut. Comble de malchance, cette addiction au travail entraine des problèmes de santé tels que : douleurs musculaires, intestinales, anxiété, dépression, maladies cardiovasculaires…  Et peut dans certains cas conduire au burn-out

Pour les dirigeants, les responsables RH et les partenaires sociaux, la prévention est devenue une question stratégique. Selon une enquête de la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives), les conduites addictives préoccupent plus de huit dirigeants et représentants syndicaux sur dix. Comme on le constate, ce sujet est important et on ne peut que conseiller aussi bien aux dirigeants, managers, et salariés d’être vigilants. Ne pas se focaliser sur du cas par cas, en stigmatisant le comportement d’un salarié ou un collègue mais en adoptant une vision plus large de la problématique et du contexte.

 

Quelle démarche adopter pour lutter contre les pratiques
addictives au travail ?

Comme nous l’avons vu, les pratiques addictives ont des origines diverses : externes et internes à l’entreprise. Il faut donc en parler et ne pas traiter ce sujet comme un sujet tabou. Une concertation entre employeur, représentants du personnel et service de santé au travail doit s’établir pour analyser la situation et répondre à certaines questions : que sont les conduites addictives et quelles sont leurs conséquences ? Le mode de fonctionnement de l’entreprise est-il source de conduites addictives ? Quel est le rôle de chacun des membres de l’entreprise ?

Un pot avec alcool ou à l’occasion d’un repas d’affaires, est-il dangereux pour la santé et la sécurité des salariés?  Les RPS et les TMS sont-ils sources de conduites addictives ? Que faire face à un salarié qui ne peut plus effectuer son travail en toute sécurité ?

Autant de questions qu’il faut savoir se poser.

Heureusement les conduites addictives ne sont pas irrémédiables et mettre une bonne dose de bien-être et de qualité de vie dans son entreprise reste un moyen préventif que nous conseillons vivement.

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