Les entreprises ne savent plus comment paraître encore plus cool. Le babyfoot est devenu le standard de base, presque une caricature. La moindre entreprise se doit d’en avoir un dans sa salle de repos.

Aujourd’hui les entreprises cherchent à faire preuve d’inventivité pour cultiver la cool attitude sans donner l’impression d’en faire trop.

 

Au programme les professionnels spécialisés proposent : la journée de jardinage, le challenge culinaire, la Zombie partie, ou randonnée en quad… et même un concours de Lego ; que les descentes en rafting ou sauts à l’élastique retournent dans le placard des années 90. L’époque est à la bataille de polochon et à la bonne humeur avec une tendance pour le team building vert et responsable, comme aller planter des arbres durant une demi-journée.

Reste à vérifier si les entreprises sont prêtes à se lancer dans cette surenchère et si elles ont les budgets pour ça. Certains professionnels du secteur confirment que le marché existe, les entreprises sont preneuses de ces programmes, la nouvelle génération de DRH ne voulant pas être en reste d’initiatives en matière de cool attitude se montre intéressée tout secteur d’activité confondu. Il resterait la grande distribution un peu à la traîne en la matière, contraintes et horaires obligent.

Il faut se demander pourquoi un tel engouement et ce que l’on croyait être une mode éphémère du « retour du babyfoot » semble parti pour durer. Il ne faut pourtant pas se voiler la face, les entreprises depuis quelques années misent sur la fidélisation de leurs recrues. Garder un jeune talent sur lequel on a investi, qu’on a attiré, formé et fait grandir mérite quelques sacrifices. Face à la dématérialisation de nombreuses tâches et interactions, les salariés redécouvrent les plaisirs de l’apéro du vendredi soir, les petits déjeuners d’équipe, bref tout ce qui recréera du contact physique et contribuera à redonner du sens au travail.

Nos millienals aspirent à une forme de travail différente, fini la course aux parcours prometteurs hypothétiques, à la carrière évolutive sur dix ou vingt ans. Les nouvelles générations aspirent à la cool attitude, au fun, à l’immédiateté et au partage de valeur, à cet « esprit startup » qu’ils imaginent bienveillant. Cette image cool des entreprises venue de leurs grandes soeurs de la Silicon Valley a encore de beaux jours devant elle. Le journaliste Nicolas Santolaria est parti du constat que dans ce modèle de management des startup , les contraintes disparaissaient, l’entreprise devenait « hyper sympa », grâce à ses canapés dans les bureaux, ses babyfoots, ses murs végétaux et ses nouveaux responsables du bonheur. Tout est mis en place pour effacer habilement les codes du cadre de travail et faire en sorte que l’employé se sente bien, ce qui est, quoi qu’on en dise, une bonne chose.

Certains sous-entendent que le but inavoué de ces méthodes serait d’amener les gens à apprécier leur lieu de travail pour qu’ils y restent plus longtemps et donc produisent plus. Ce qui ne serait pas nouveau, nos grands-parents ont connu une forme précurseur de la cool attitude, quand Michelin ou des entreprises de textile du nord de la France créaient leurs propres villages, logeaient leurs salariés, installaient des salles de cinémas, des terrains de sport ou des piscines, envoyaient les enfants de leurs employés en colonie de vacances dans des centres spécialement prévus pour ça au bord de la mer. On appelait ça tout simplement du management paternaliste.

Ne nous trompons pas, un goûter galette des Rois, aussi sympa soit-il ne fera pas oublier un salaire sous-évalué ou des objectifs surévalués. Une tenue cool jean baskets ne fait pas forcément un manager cool. On ne va pas se plaindre, toutes les initiatives qui contribuent au bien-être ne peuvent que nous réjouir.